The Rolling Notes
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Entretien avec Aline Mayard, Fondatrice de The Blue House

Les startups ont tendance à être tellement prises par les problèmes du quotidien qu’elles oublient de prendre du recul et de penser au long terme, elles sont parfois coincées, à court d’inspiration. Et souvent les grandes idées ne naissent pas dans une salle de réunion. Partant de ces constats, The Blue House,un lieu pour startups situé à Taghazout, s’est fixé comme objectif de donner aux startups l’inspiration, la concentration et l’énergie dont elles ont besoin pour développer de grandes idées et prendre de la perspective. Bref, les aider à mieux travailler. Nous avons voulu en savoir plus en posant quelques questions à Aline Mayard, la fondatrice de ce lieu pas comme les autres.

Racontez-nous l’histoire de The Blue House

En tant que journaliste couvrant les startups arabes, j’ai eu la chance d’interviewer des startups européennes et américaines ayant élu domicile à Taghazout, certaines pour un mois, d’autres pour neuf. Cette expérience les a changé et les a aidé à travailler mieux et à faire preuve de perspective. J’ai alors commencé à parler avec des startups, des accélérateurs et des espaces de coworking et ai pris part à des retraites de startups pour comprendre comment je pourrais améliorer l’expérience que ces startups avaient vécue à Taghazout et permettre à plus de startups d’en bénéficier.

J’ai passé une grande partie de l’hiver et du printemps dernier à Taghazout, ce qui m’a permis d’y organiser deux tests du programme de résidence. Maintenant, nous sommes prêt à nous lancer. Nous sommes actuellement en train de faire une campagne de crowdfunding pour financer l’aménagement de la maison et nous allons lancer officiellement à la rentrée nos trois programmes.

Pourquoi le Maroc et pourquoi ce village ?

Lancer ce projet dans la région de Taghazout était une évidence puisque de nombreux entrepreneurs s’y étaient déjà installés et que la région est magnifique. Ce village est aussi à seulement quelques heures d’avion des principales villes européennes, est sûr, accueillant, international et authentique.

Taghazout est ensoleillé toute l’année, dispose de bonnes infrastructures et de spots de surf renommés. Les participants peuvent y surfer, aller à la plage et faire du yoga. Ils peuvent aussi visiter l’oasis de la Vallée du Paradis et la ville fortifiée d’Essaouira.

Comment s’est passée l’expérience pilote ?

J’ai passé une grande partie de l’hiver et du printemps dernier à Taghazout, ce qui m’a permis d’y organiser deux tests du programme de résidence en louant des maisons en location saisonnière. En tout nous avons eu 6 startups, un entrepreneur entre deux startups et un développeur, soit 12 personnes. Les participants sont venus de Suède, de France, d’Angleterre, des Pays-Bas et des Etats-Unis. Les profils étaient variés puisque les startups avaient entre six mois et trois ans d’existence et étaient dans le secteur de la mode et du design, de l’économie collaborative ou encore de l’éducation.

Sur place, certaines startups ont réussi à mettre au point une stratégie de développement à l’international, à préparer une troisième levée de fonds ou encore à se reposer après un lancement fatiguant.

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Y a-t-il un marché ?

La vie de startup est fatiguante, toutes les personnes travaillant dans ce secteur pourraient bénéficier d’une semaine au vert, le marché est donc large. Jusqu’à présent, les personnes qui nous ont contacté sont venues d’Europe, tout particulièrement d’Angleterre, de France, des Pays-Bas et des pays scandinaves (70%) et des U.S., tout particulièrement du Texas et du Sud (30%).

Qu’en est-il de la concurrence ?

Quelques espaces de coworking et coliving ont ouvert ces dernières années dans des endroits de rêve. Certains, en Asie, sont bien établis comme Hubud à Bali. D’autres ont ouvert récemment dans des endroits plus accessibles aux Européens, comme Sun Desk à Taghazout et le Surf Office dans les Canaries.

Il y a aussi un nombre croissant de coworking camps (qui n’accueillent des coworkers que de façon ponctuelle et/ou changent de site à chaque session) et d’événements dans des contextes inhabituels tels que Startup Extreme et le Surf Summit. Mais aucun n’a l’approche globale que nous avons. Nous sommes dédiés aux start-up et avons conçus des programmes et méthodes pour amener les gens à prendre le temps de penser, à challenger leur vision, à mettre en place de nouvelles routines et à être inspiré. Notre objectif est de permettre aux participants de rencontrer des gens inspirants et de remettre en question leur idée du travail. Pour nous, cela signifie : sélectionner les participants et créer la bonne atmosphère pour qu’ils échangent (activités, sports, débats, etc.).

Quel est votre business model ?

Nous facturons directement les clients ou leurs investisseurs. Le programme de résidence dure 10 jours et coûte 600 € par personne pour 10 jours tout compris (logement, nourriture, activités). Les programmes privés et les retraites durent en général trois à quatre jours et coûtent entre 80 et 150€ par personne et par nuit tout compris selon le programme et les activités proposées (surf, atelier, talks, polo à dos d’âne, etc). Nous offrons à l’heure actuelle des prix réduits sur Indiegogo. Et nous cherchons à faire venir des sponsors à bord pour couvrir une partie des coûts.

Comment avez-vous financé les pilotes et le projet ?

Jusqu’à présent, le projet a été financé avec mes économies. Je ne voulais pas lever de l’argent avant de bien comprendre ce dont avaient besoin les startupers et ce qui était faisable. Nous n’avons pas eu besoin de beaucoup de capital pour faire le pilote. Nous avons loué des maisons en location saisonnière quand nous avions des participants de sorte à ne pas perdre d’argent quand nous n’en avions pas. J’ai gardé mon emploi chez Wamda à temps partiel pour couvrir mes frais. Les revenus du programme ont couvert presque toutes les dépenses effectuées.

Nous faisons maintenant une campagne de crowdfunding et cherchons des sponsors pour réunir les 20 000€ dont nous avons besoin pour effectuer les travaux nécessaires et équiper et meubler la maison. Ce projet est né des feedbacks que m’ont donné les startups, il a grandi grâce au soutien d’entrepreneurs qui croyaient en ma vision, notamment lors du pilote. Impliquer la communauté à chaque étape était une évidence.

Qu’en est-il de l’équipe ?

Après avoir participé au lancement de la jeune startup franco-américaine Buzzcar à Paris, j’ai couvert les startups arabes pour le plus gros média dédié au sujet, WamdaJ’ai eu brièvement un cofondateur mais ça n’a pas fonctionné.

Maintenant, je peux compter sur les conseils quotidiens d’Asmaa Guedira, une “connector” de OuiShare, un think-and-do-tank sur l’économie et la société collaborative, d’origine franco-marocaine, et sur le soutien de plusieurs conseillers géniaux : l’investisseur de Dave Haynes, la cofondatrice de TheFamily, Alice Zagury, le fondateur de Endeavor Morocco Amine Hazzaz, le cofondateur de Beta-i Ricardo Marvao et l’ancienne investisseur chez Index Sofia Hmich.

The Blue House, une entreprise sociale ?

On se considère comme une entreprise sociale. Notre mission, c’est d’aider les startups à mieux travailler, particulièrement celles du Maroc qui ont un énorme rôle à jouer dans le développement de leur pays. Nous souhaitons accueillir des startups marocaines lors de nos programmes de résidence et retraite pour qu’elles puissent rencontrer des startups et des entrepreneurs accomplis du monde entier. Pour cela, nous avons lancé un fonds que nous espérons financer à travers notre campagne de crowdfunding et du sponsorat pour pouvoir prendre en charge une partie des frais de ces startups marocaines. Lancer The Blue House au Maroc est aussi une opportunité pour attirer des entreprises et des investisseurs dans le pays et leur faire réaliser le potentiel de ce pays en pleine transition.

Nous allons aussi ouvrir un Lab pour pousser les jeunes de la région d’Agadir à donner vie à leurs projets et à aller aussi loin que possible. Le Lab leur permettra d’apprendre à gérer des projets, utiliser internet, prototyper, élaborer un business plan et surtout être ambitieux.

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Pour en savoir plus sur The Blue House, vous pouvez également lire :

The Blue House : Faire le plein de créativité à Taghazout sur la plateforme madNess.ma.

Un weekend à Taghazout pour savoir si l’on est prêt à devenir entrepreneur.
Et n’oubliez pas de demander votre invitation.

Pour contribuer à la campagne de crowdfunding :

Rejoignez une communauté de startuppers qui veulent repenser la façon de travailler sur Indiegogo

Othmane Ghailane

DG @ KAPP Marketing, agence conseil dans les domaines du marketing et de la communication. Branding & Graphic Design Lover.

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