THE ROLLING NOTES
Laurent-Champaney

Laurent Champaney, Directeur Général d’Arts et Métiers ParisTech

Dans le cadre du Plan d’Accélération Industrielle (PIA) qui vise à mettre en place des écosystèmes industriels plus performants en consolidant des relations locales entre les grandes entreprises et les PME, la Fédération des Industries, Métallurgiques et Electromécaniques (FIMME) qui coordonne un secteur industriel stratégique regroupant plus de 1.600 entreprises au Maroc a signé ce jeudi 12 avril lors de la cérémonie d’inauguration du salon SISTEP 2018 à Casablanca, un protocole d’accord pour lancer une large coopération avec Arts et Métiers ParisTech, grande école française d’ingénieurs. Nous avons rencontré Laurent Champaney, Directeur Général d’Arts et Métiers ParisTech pour en savoir plus. Entretien.

Vous venez de signer un protocole d’accord avec la FIMME. En quoi va consister cette coopération ?

Cette coopération s’inscrit dans le cadre de notre projet d’un nouveau Campus de l’établissement qui devrait voir le jour sur le site de la ville nouvelle de Zenata au Maroc. C’est la première fois que notre établissement ouvrira un campus en dehors du territoire Français. C’est un enjeu stratégique pour nous que nous plaçons sur le terrain de la coopération économique et industrielle franco-marocaine.

Si nous venons aujourd’hui nous implanter au Maroc c’est dans une logique de partenariat entre nos deux pays et parce que nous sommes convaincus de la place stratégique du pays dans le développement du continent africain. Le monde est en train de découvrir les enjeux d’une nouvelle révolution industrielle connue sous le nom «Industrie 4.0» ou «Industrie du futur». L’Afrique est, aujourd’hui, le seul continent à ne pas encore avoir engagé formellement de plan destiné à relever les enjeux de cette nouvelle révolution.

Toute l’ambition de notre projet repose sur l’idée d’accompagner l’émergence d’un plan industrie du futur marocain en faisant profiter nos partenaires (académiques et industriels) de notre expertise dans ce domaine. L’un des enjeux de la réussite d’un tel projet repose sur la capacité à créer des synergies avec le monde professionnel sur des problématiques d’innovation mais également de formation initiale et continue.

L’accord avec la FIMME est essentiel à la réussite d’un tel projet. Il marque la volonté des entreprises marocaines du secteur de se mobiliser face à ce défi industriel et elles nous témoignent aussi de leur soutien et de leur intérêt à travailler ensemble. Notre présence au Maroc n’a aucun intérêt si elle n’a pas un sens économique et contribue à une logique de développement industriel. Cet accord prévoit particulièrement de travailler ensemble à la création de formations techniciens et cadre pour l’industrie marocaine et envisage à terme la possible création d’un centre commun de formation professionnelle.

Pour le développement de nos activités sur place il est fondamental que nous puissions être au contact des grandes fédérations professionnelles pour comprendre leur besoin et développer avec elles une offre de formation et de soutien à l’innovation adaptée.

Quel regard portez-vous sur l’industrie au Maroc ? Comment cet accord va contribuer concrètement à son développement ?

L’industrie marocaine a aujourd’hui tout le potentiel pour se développer et avoir un réel impact sur le développement industriel à l’échelle du continent. D’abord, il y a une tradition forte de coopération dans ce domaine entre nos deux pays qui conduit à de belles réussites industrielles. Il y a également une vraie prise de conscience politique de l’importance de disposer d’une industrie forte. Votre ministère de l’industrie est particulièrement mobilisé et a su lancer des plan industriels ambitieux. En particulier, nous avons été très attentifs au Plan Industriel d’Accélération (PIA) qui a été engagé. Il constitue de notre point de vue un point d’ancrage intéressant sur lequel nous pouvons venir apporter notre expertise pour vous accompagner sur les problématiques liées à l’industrie du futur. Le ministère marocain de l’industrie a un diagnostic très précis de la situation industrielle du pays. Il a identifié les secteurs-clés sur lesquels il souhaite concentré ses efforts. Il y a également une prise de conscience des enjeux de formations associés et cette prise de conscience est partagée entre les acteurs (pouvoirs publics et grandes fédérations professionnelles). Il y a aussi – et c’est important de notre point-de-vue – une volonté de se positionner comme un hub pour l’ensemble du continent. Donc tout le potentiel est là.

Les acteurs ont également conscience des faiblesses actuelles du système industriel. En particulier, il y a un fort enjeu de formation au niveau du middle management avec la nécessité de mieux former les techniciens, d’accompagner les techniciens et les cadres actuellement en poste par de la formation continue. Il faut également travailler à la modernisation de l’appareil productif notamment en créant des écosystèmes d’innovation.

Notre point-de-vue est que les enjeux liés à l’industrie du futur sont aujourd’hui d’une telle technicité que la recherche et la formation doivent y jouer un rôle important d’accompagnement et qu’il y a besoin d’établissements qui soient capables de répondre à ces problématiques. Cet accord garantit la proximité nécessaire avec le monde professionnel. Il doit nous permettre de mieux identifier les besoins du terrain en innovation et en formation pour que nos activités de recherche et de formation se déclinent en fonction des enjeux à relever.

Vous êtes membre fondateur de l’Alliance Industrie du Futur. A quelles mutations technologiques doit-on s’attendre en la matière ? Et puis, comment y faire face ?

L’enjeu central de l’industrie du futur c’est le numérique. Il ne s’agit pas tant de l’émergence d’un nouveau secteur d’activité que de la capacité que les entreprises industrielles auront à intégrer le numérique dans le process de production.

L’entreprise est de plus en plus connectée. Les gains de productivité et la compétitivité vont reposer sur la capacité qu’elles auront à faire appel à des notions comme le Big Data, la réalité virtuelle et augmentée, l’intelligence artificielle. En un mot : comment le numérique va venir rendre plus performant nos façons de produire ? Notre école s’est construite à l’aube de la première révolution industrielle sur une idée fondatrice : « allier l’habileté de la main à l’intelligence de l’Esprit ». Aujourd’hui l’enjeu de l’industrie du futur qui nous guide est d’allier « l’intelligence du réel à l’intelligence artificielle ».

Mais la mutation va être plus profonde qu’une simple mutation technologique. L’arrivée massive du numérique et de la robotisation pose dans des termes nouveaux la question de place de l’humain dans les modèles de production. Ceux qui négligeront cet aspect rateront le virage de cette révolution industrielle. Il va falloir travailler différemment la question de la relation homme / machine, repenser les métiers en fonction de ces nouvelles pratiques, être prêt et anticiper l’apparition de nouveaux métiers, anticiper et former les jeunes et les cadres actuels à de nouvelles compétences. Mais il faut également, nous nous en rendons compte en France, accompagner les chefs d’entreprise dans la prise de conscience de ces nouveaux enjeux et leur proposer des solutions d’accompagnement qui les mettent en confiance et leur permette d’évoluer.

La question de la conduite du changement est central. La prise de conscience de la nécessité de développer des activités de recherche et développement également. Il ne faut pas sous-estimer ces aspects.

Nous avons acquis la conviction que face à ces enjeux, à leur complexité et à l’expertise technologique à laquelle ils nous obligent à faire face, il faut développer des relations nouvelles entre les entreprises et les acteurs de la formation et de la recherche. Il y a besoin dans les pays industrialisés de créer des « champions » de la formation et de la recherche technologiques capables dans un même endroit de former à tous les métiers de l’industrie, à tous les niveaux mais également avec des capacités de recherche partenariale qui soulagent les entreprises (en particulier les PME) de la charge que représente un dispositif d’innovation.

Laurent Champaney Arts et Metiers ParisTech
Signature du protocole d’accord entre la FIMME et Arts et Métiers ParisTech.

Comment Arts et Métiers contribue à l’innovation industrielle, que cela soit en France ou en Europe ?

Nous nous présentons désormais davantage comme un acteur économique avec une mission spécifique de formation et recherche qu’un établissement plus classique d’enseignement supérieur et de recherche. Concrètement cela signifie que nous cherchons, là nous où nous sommes implantés, à créer des écosystèmes qui réunissent autour de nous des entreprises et d’autres acteurs académiques qui travaillent ensemble pour l’innovation industrielle.

Cela suppose de disposer d’outils nouveaux et développer au contact des entreprises. Nous avons aujourd’hui une filiale de l’établissement entièrement dédiée à la valorisation industrielle de nos travaux de recherche. Elle nous permet de développer des contrats de recherche partenariale. Nous avons également travailler à la lisibilité de notre expertise scientifique et technologique en colorant l’activité de chacun de nos campus en fonction des besoins industriels locaux. Ce sera le cas également pour notre futur campus de Zenata. Nous avons également la force d’un établissement disposant de plusieurs implantation : la spécialisation et donc l’expertise acquise par un campus à un endroit donné est désormais facilement mobilisable pour répondre à des besoins sur un autre territoire.

Nous cherchons aussi à développer les chaires de recherche avec des partenaires industriels pour travailler avec eux sur des technologie de rupture. Nous travaillons également à développer des chaires de formation qui doivent nous permettre avec des entreprises d’identifier des besoins en compétences nouvelles et de les décliner en offre de formation pour proposer des cadres adaptés aux entreprises.

Quelles sont vos ambitions de développement à l’international ?

Nous tentons d’accompagner nos propres entreprises en identifiant les zones dans le monde où leurs intérêts sont les plus importants et où notre présence en soutien peut être un facteur de développement. Nous le faisons sur la base d’indicateurs croisés (géopolitiques, économiques, académiques). Dans ces zones, nous allons projeter l’établissement dans le cadre de joint-venture par exemple. C’est ainsi que nous avons créé avec nos partenaires allemands du KIT, un Institut franco-allemand pour l’industrie du futur. Nous accueillons également depuis cette année une antenne d’une université américaine sur notre campus d’Aix-en-Provence et iront nous implanter sous 3 ans chez eux au Texas.

Enfin et c’est le stade le plus avancé, nous pouvons aller jusqu’à la création d’un campus. Ce sera le cas pour Zenata. Nous avons vocation à ne le faire que dans de très rares occasions : lorsque l’intérêt économique y est très important et que les pouvoirs publics dans le pays en question et les entreprises locales sont en demande et nous témoignent d’un fort soutien.

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