Les résultats sont tombés, et convergent vers une même conclusion : le nombre de blogs créés et actifs stagne. Alors, has-been les blogs ?

Le père fondateur du blogging a démarré en 1994

Des articles qui s’agrègent en ordre anti-chronologique, et qui génèrent des commentaires : les blogs étaient censés offrir une expression personnelle sans entrave. On y postait parfois des photos de son chien ou de ses enfants et ils pouvaient éventuellement transformer les élections. On y partageait ses coups de cœur, des avis produits et on y construisait sa communauté en ligne. Rien n’a autant permis la démocratisation du partage d’opinion que l’essor du blogging. En 2003, on s’est même rendu compte qu’ils pouvaient générer des revenus publicitaires, avec le rachat par Google de la plateforme Blogspot.

Et pourtant, depuis quelques semaines, je m’aperçois que la plupart des blogs personnels que je suivais ont disparu, ou n’ont pas été mis à jour depuis des mois, voire des années. Les sections commentaires, même celles des plus grands blogueurs, sont à peine remplies et la liste de mes blogs favoris se lit comme un tableau d’honneur pour les victimes de guerre. Et tout comme on avait migré de MySpace vers Facebook puis vers Instagram, Snapchat ou WhatsApp, il semblerait qu’on se soit aujourd’hui lassé des blogs.

Le père fondateur du blogging a démarré en 1994


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Cela fait plus de 25 ans que le premier blog est apparu, en 1994. Pionnier du blogging, Justin Hall a lancé la tendance du personal blogging avec son journal Justin’s Links from the Underground qui offrait alors l’une des premières visites guidées du Web. De 1994 à 2005, le nombre de blogs passe à 50 millions et, en 2002, un moteur de recherche de blogs, Technorati, est lancé.


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Que disent les chiffres aujourd’hui ? 

On compte aujourd’hui plus de 505 millions de blogs, avec environ 5,8 millions de nouveaux articles de blog publiés chaque jour. Statista a estimé, en 2017, le nombre de blogs sur Tumblr seul à 350 millions et 76,5 millions de blogs utilisent WordPress, qui détient actuellement le leadership sur la technologie CMS pour les blogueurs.

Les blogs font partie de notre quotidien, couvrant un nombre incalculable de niches et d’intérêts, et 75% des internautes lisent régulièrement des blogs selon HubSpot. Des amateurs, partageant leur avis et leur expérience autour d’une thématique, sont aujourd’hui devenus de véritables experts dont la capacité d’influence est similaire à celle des médias.


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Tendance en berne

Mais ce temps-là est révolu. Selon PewResearch, les blogs des adolescents américains ont diminué de moitié entre 2006 et 2010. Les Millenials préfèrent désormais partager les mises à jour sur leur vie sur des formats autres que le blog, réseaux sociaux en tête. Ces plateformes permettent aux utilisateurs de s’exprimer via de courtes mises à jour en un seul clic. La concurrence des réseaux sociaux a surtout été renforcée par la prévalence des smartphones, qui facilitent les formats courts.


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Google Trends mesure la popularité de certains thermes en fonction de la fréquence à laquelle les gens les recherchent. Cela n’a qu’une valeur indicative, mais la chute des recherches sur le mot-clé “blog” (mais aussi blogging, blogueur…) nous donne un bon aperçu de la tendance : la popularité du terme blog a beaucoup diminué au cours de la dernière décennie, avec un pic aux alentours des années 2007-2009, quand des marques comme Over-Blog, Skyrock (anciennement Skyblog) ou Blogger étaient alors incontournables.


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Quand la conversation se déplace vers les réseaux sociaux

Le ralentissement de la croissance des blogs s’explique en grande partie par la montée en puissance des réseaux sociaux. Facebook, Twitter, Instagram sont devenus le mode préféré pour le partage et l’agrégation. Certains bloggeurs occasionnels, il y a 10 ans, écrivaient de courts articles, un lien avec quelques phrases de commentaires, et mettaient à jour leur blog plusieurs fois par jour.

Avec l’arrivée de Twitter, ils ont commencé à blogger moins souvent, mais avec des articles plus longs et plus approfondis – quand ils continuaient de blogger. Car la plupart de ces bloggeurs avait compris que les réseaux sociaux demandaient beaucoup moins de travail qu’un blog, pour des bénéfices identiques voire supérieurs, car leurs communautés les avaient suivis sur les applications sociales.

L’attention des lecteurs diminue aussi de plus en plus, rendant l’intérêt pour les articles plus faible. Combien de fois ai-je liké un article sur Facebook après en avoir seulement lu le titre et l’accroche ? C’est typique de la consommation d’information moderne : on se forme aujourd’hui nos opinions sur des résumés, des résumés de résumés, et en tout cas sans aucun effort d’approfondissement. Vous vous rappelez le canular de The Science Post en 2016 ? Le site de vulgarisation scientifique The Science Post publie un article au titre engageant : « Etude : 70% des utilisateurs de Facebook lisent seulement le titre des papiers scientifiques avant de les commenter ». Près de 48 000 personnes ont partagé la publication Facebook. Or, l’étude en question ne contenait que du faux texte, du « lorem ipsum » (du faux texte aléatoire, utilisé pour calibrer les machines d’imprimerie).

CQFD.


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Alors, vraiment morts, les blogs ?

Non, bien sûr que non.

Les entreprises et les particuliers utilisent le marketing de contenu plus efficacement que jamais. Blogger est bien vivant, mais changeant (ce qu’il fait d’ailleurs depuis le début). Les blogs restent un support plus sophistiqué que les réseaux sociaux, et la plupart des pages sociales qui marchent sont d’ailleurs rattachées à des blogs (l’information figure par exemple dans la bio du compte Instagram – sur laquelle, j’en conviens, on clique rarement).

Les réseaux sociaux ne peuvent exister sans contenu, et les blogs créent du contenu à volonté.

La viabilité et le succès du blog dépendent beaucoup de la motivation et de la persévérance du blogueur. Un blog, c’est écrire sur un thème précis, 365 jours par an, en variant les sujets, en faisant parfois du hors-sujet… mais surtout sans se lasser, sans qu’écrire devienne jamais pénible.


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Le contenu est partout

Les rares blogs personnels qui ont survécu et continuent d’avoir du trafic sont devenus pour la plupart de véritables éditeurs de contenus, dont les articles sont écrits pour répondre à un cahier des charges très précis, pour s’assurer qu’ils sont lus, inspirants et référencés. Difficile pour les blogueurs amateurs de tenir le rythme de tous les changements technologiques (hello RGPD et SSL !) et d’attirer les visiteurs facilement face à la multitude de contenus en ligne. Frustrant aussi quand personne ne lit le contenu que vous avez mis des heures à créer (l’écriture et la publication d’un article de blog prend en moyenne 3 heures 16 minutes).

Blogueur est pour certains devenu un véritable emploi (31% des blogueurs gagnent de l’argent avec leur blog selon BlogTyrant, seuls 2% des blogueurs gagnent plus de 150 000$ par an), qui génère des revenus grâce au display, au marketing social, aux ebooks et aux codes promo, mais avec une pression constante et un haut niveau de maintenance – résolument « old school » et en manque d’authenticité pour les jeunes, Millenials et Gen-Zers.


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Et pourtant, la production de contenus des blogs constitue une matière première qui est ensuite relayée sous forme de discussions sur les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter. Les volumes d’audience des plateformes sociales renforcent et diffusent la visibilité des écrit). De puissants empire médiatiques n’hésitent d’ailleurs plus à venir piocher dans le vivier des blogueurs pour recruter des rédacteurs (The Huffington Post, Mashable…), aux côtés de journalistes certifiés.

Le retour sur investissement des blogs peut donc être remarquable pour les entreprises. Le blogging est une stratégie puissante d’inbound dans la phase d’attraction.


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Selon HubSpot, les entreprises qui animent un blog sont 13 fois plus susceptibles de voir un retour sur investissement positif de leur présence en ligne. Et les entreprises qui publient plus de 16 articles par mois obtiennent près de 3,5 fois plus de trafic que celles qui publient 0 à 4 articles par mois.

Les entreprises avec un blog reçoivent plus de prospects que celles qui n’en ont pas : en moyenne, selon DemandMetric, les entreprises avec un blog produisent 67% de leads en plus par mois que celles sans. C’est d’autant plus vrai pour les entreprises B2B : 47% des acheteurs B2B ont lu 3 à 5 articles de blog ou éléments de contenu avant de parler avec un contact commercial (Source: DemandGenReport ).  


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Un blog B2B offre d’énormes avantages en termes de SEO et de recherche organique, attirant des prospects de grande qualité. L’outil permet de mettre en avant ses produits et ses services, de valoriser sa marque ou de la construire si elle débute. Les blogs sont responsables de 434%  de pages indexées en plus et de 97% de liens indexés en plus (Source: DemandMetric ).

59% des spécialistes marketing B2B considèrent les blogs comme le canal le plus utile.


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La clé de la survie : votre blog doit être plus qu’un blog

Il est absolument vital que votre blog soit plus qu’un simple blog (un simple journal en ligne ou une série d’articles).

  • Maîtrisez la recherche organique : les moteurs de recherche sont votre meilleur allié si vous êtes à la tête d’un blog. Un titre impactant, une introduction convaincante, des visuels plaisants et un texte bien structuré sont d’excellents points de départ mais la clé est d’optimiser vos publications avec les mots-clés que recherchent vos utilisateurs cibles.
  • Produire du contenu à fort impact : ne vous contenez pas de créer uniquement des articles de blogs. Créez des infographies, des podcasts, des vidéos pour faire entrer votre blog dans une nouvelle dimension et engager vos internautes sur des formats qui conviennent mieux à leurs besoins et conduisent généralement à plus de partages. Ne négligez pas pour autant les formats textuels, et notamment plus long : les articles de blog plus longs et détaillés génèrent en effet 9 fois plus de prospects que les courts.
  • Gérer des listes de diffusion et des newsletters : le courrier électronique reste une méthode de communication solide et stable (eh oui). Consacrez donc du temps à la croissance de vos listes de diffusion et à la communication directe avec vos abonnés. Obtenir des taux d’abonnement et d’ouverture élevés et constant est essentiel.
  • Expérimentez les nouveaux outils : certaines technologies ne doivent pas être négligées. Il y a quelques années, il était essentiel de switcher votre section de commentaires à des commentaires G+. Aujourd’hui, IGTV sur Instagram vous permet d’uploader des vidéos de 15 secondes à 10 minutes pour assurer la promotion de vos contenus. Le podcasting a aussi le vent en poupe et permet de pousser, par notifications push, votre flux de contenus vers vos utilisateurs.

Surtout, se souvenir de la raison pour laquelle on a commencé

Beaucoup démarrent un blog sans passion ni les connaissances nécessaires pour le maintenir en activité ou suffisamment intéressant. Certains se lancent sur un créneau qui n’a pas vraiment de public. D’autres se lancent sur des marchés de niche déjà saturés. Les derniers, enfin, lancent simplement un blog sur leur quotidien en croisant les doigts pour que ça prenne… Mais tout travail qui ne vous passionne plus finira par vous lasser : cela est particulièrement vrai pour les blogs, dont seulement 20% passeront le cap des six mois et 80% ont moins de 50 visiteurs uniques par jour.

Si vous n’êtes plus investi dans le résultat, vous aurez du mal à assurer le succès de votre blog. Simon Sinek a souligné, dans une conférence TED mémorable, que les personnes les plus « successful » au monde utilisent toutes un principe primordial qui guide toutes leurs actions : le « why » (pourquoi).


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On assiste donc progressivement à une concentration de blogueurs motivés, qui ont su conserver leur implication, soit parce qu’ils ont trouvé leur communauté et que leur passion est toujours vive, soit parce qu’ils ont su transformer leur audience en revenus.

Les blogs n’ont donc pas disparu, ils se sont simplement transformés. La perte des blogueurs occasionnels a bouleversé les choses, avec des écrivains plus engagés et plus compétents, améliorant la qualité de la blogosphère dans son ensemble avec des partenariats de contenus plus sophistiqués avec les marques.

Le blogging occasionnel et amateur est mort, vive les blogs !