Comme vous le savez sans doute, Facebook a lancé récemment une nouvelle initiative appelée #LoveLocal dans la région MENA. La campagne met en avant les efforts de la marque pour soutenir les petites et moyennes entreprises (PME) locales dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, qui ont été parmi les plus durement touchées par la pandémie du COVID-19. Parmi ces PME remarquables figure Ito, une entreprise de lunetterie située à Rabat, au Maroc.

Ito fabrique des lunettes personnalisées avec l’ambition affichée que celles-ci soient à la mode et à des prix abordables. Nous avons rencontré son créateur Mehdi Mkinsi pour en savoir plus. Cet architecte de formation et qui avait une entreprise de livraison de nourriture à Bruxelles, est revenu au Maroc en 2016 pour aider sa mère dans son magasin de lunettes. Il a remarqué que les lunettes étaient assez chères et que la plupart des Marocains n’avaient pas d’autres options abordables.

Il s’est rendu compte que seules trois grandes entreprises possédaient 80 % de l’industrie de la lunetterie, et il a donc décidé de créer une marque de lunettes abordable pour l’Afrique, en commençant par le Maroc. Mehdi a commencé à concevoir la collection de lunettes Ito en 2017, en utilisant ses compétences d’architecte. En 2020, en pleine pandémie, la marque Ito est née. Entretien.

Vous avez lancé l’entreprise Ito pendant la pandémie Covid-19 et le confinement général. Cela signifie-t-il que vous avez tout misé sur le numérique ?

Ce n’est pas ce qui était prévu initialement. Il était question pour nous de lancer Ito avant le confinement. Mais à l’annonce de cette nouvelle, nous avons dû repenser tout notre business model et le basculer exclusivement vers le digital très rapidement. Cela a été possible avec des outils très innovants comme l’essai virtuel de notre collection grâce à des filtres créés sur Instagram. Notre approche « digital-first » a très vite fait partie intégrante de notre ADN.

Qu’est-ce qui vous a permis de réussir dans un contexte difficile pour les PME ?

Disons que nous avons eu de la chance de ne pas lancer Ito avant le Covid-19. Pendant le confinement, nous avons réussi à créer une communauté particulièrement engagée. Notre communauté a été très enthousiaste à l’idée qu’une marque marocaine puisse bousculer les codes de l’optique. En discutant longuement avec nos abonnés, nous avons appris des choses qui nous ont permis de réussir notre lancement en ligne et de comptabiliser plusieurs commandes par semaine uniquement sur Instagram.

Comment les médias sociaux vous ont-ils aidé à promouvoir votre entreprise ?

Notre raisonnement était simple : faute de pouvoir sortir durant le confinement, les gens communiquaient principalement avec leurs amis et leur famille par le biais de WhatsApp et Instagram. Nous avons donc axé toute notre stratégie de lancement sur le bouche-à-oreille et le marketing de l’influence en amenant les gens à partager nos annonces le plus possible autour d’eux.

Pour atteindre plus de personnes et créer un look dynamique pour la marque, j’ai établi un partenariat avec des influenceurs des réseaux sociaux. J’ai profité d’Instagram Shop pour afficher diverses lunettes avec des liens pour les acheter sur le site web d’Ito. J’ai également utilisé le filtre 3D d’Instagram Stories pour créer une collection de lunettes Ito que les clients peuvent essayer virtuellement sur les produits. Et cela a marché ! Aujourd’hui, près de 70% de nos clients ont découvert Ito sur d’Instagram.

Quel bilan tirez-vous de vos actions digitales ?

Je suis convaincu que l’avenir du commerce de détail et des marques en général est un mélange entre le digital et l’offline. Le défi est de réussir à recréer une expérience de marque qui mélange les deux univers.

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En quoi Ito est-elle différente des autres marques présentes sur le marché ?

Nos lunettes sont de la même qualité et du même niveau de détails que celles que vous trouvez à 3.000,00 ou 4.000,00 dirhams. En revanche, notre business model est différent car nous les commercialisons sans aucun intermédiaire. En éliminant les intermédiaires, nous parvenons à avoir des lunettes de très haute qualité à des prix abordables.

Comment êtes-vous passé d’architecte à fondateur d’une marque de lunettes ?

Après avoir travaillé comme architecte en Chine, j’ai réalisé que j’aimais créer mais que les normes et les réglementations étaient un handicap à ma créativité. C’est ainsi que j’ai quitté mon travail pour lancer ma première start-up en Belgique il y a de cela 4 ans. J’ai retrouvé cette passion de créer dans le monde des startups, où il est nécessaire de savoir braver les limites.

Après cette aventure en Belgique, je suis retourné au Maroc, et en aidant ma mère, opticienne, à restructurer ses boutiques, je me suis rendu compte des coûts onéreux des lunettes au Maroc, qui étaient plus chères qu’en Europe. En tant qu’architecte et designer, je me suis dit que je pourrais concevoir mes propres lunettes de haute qualité et les vendre directement aux Marocains, comme le fait Warby Parker aux États-Unis.

Quels sont vos projets d’avenir ?

Aujourd’hui, je me concentre sur nos deux principales villes, Casablanca et Rabat. Mon objectif est qu’Ito devienne la marque de référence pour tous ceux qui veulent se distinguer sans pour autant se ruiner. Nous avons encore beaucoup à apprendre de notre communauté, avant de penser plus largement.

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