Des millions de salariés attendent le retour à la normale après le déconfinement, mais celui-ci ne rimera pas forcément avec reprise du chemin du bureau.

Le télétravail, caractéristique durable du futur des plus grandes entreprises

Le 9 mai dernier, le PDG de Twitter, Jack Dorsey, a annoncé la pérénisation du télétravail au-delà de la pandémie pour tous les collaborateurs de l’entreprise, à l’exception de ceux chargés de la maintenance des serveurs. Twitter est ainsi devenue la première entreprise de la Silicon Valley à généraliser le travail à domicile et à inventer l’entreprise de demain. Facebook, Google, mais aussi Microsoft et Amazon, ont également annoncé que leurs collaborateurs pourraient travailler à distance jusqu’à la fin de l’année.

Le 28 avril, lors de sa dernière adresse aux actionnaires pour présenter les résultats, le géant alimentaire Mondelez a déclaré que la crise a montré « que nous pouvons travailler de différentes manières » et que la société procédait à des ajustements qui faciliteront la tâche de l’entreprise en période de récession, notamment en repensant le lieu et le mode de travail.

Le PDG de Morgan Stanley, James Gorman, de son côté, a déclaré que la banque aurait, dans le futur, besoin de « beaucoup moins de biens immobiliers ». « Nous avons prouvé que nous pouvons fonctionner sans locaux » alors qu’environ 90% des employés de la banque ont travaillé à domicile pendant la pandémie. Dans le même temps, le PDG de Barclays a déclaré que le fait de placer des milliers d’employés dans un immeuble de bureaux bondés ne se reproduirait jamais plus : « c’est une chose du passé ».

La compagnie d’assurance américaine NationWide, elle aussi, a annoncé une transition permanente vers un modèle de travail hybride : seuls 4 bureaux seront maintenus, la majorité des sites continuera de travailler à domicile. « Nos équipes nous ont prouvé que nous pouvons servir nos membres et partenaires avec un soin extraordinaire avec une grande partie de notre équipe travaillant à domicile », a déclaré le PDG Kirt Walker dans un communiqué.

Changement de cap

Le travail à domicile pourrait ainsi devenir la nouvelle norme pour de nombreux employés. Dans le processus de confinement, les entreprises forcées de déployer le télétravail pour les postes pouvant être accomplis à la maison, ont réalisé que la productivité n’en souffrait pas et que les employés n’étaient pas tenus d’être à leur bureau pour accomplir leurs tâches.

Le télétravail prend aussi légitimement sa place dans les stratégies de réduction de coûts que les entreprises seront amenées à planifier pour faire face à ce qui pourrait être une récession économique mondiale.

On peut donc s’attendre à des temps difficiles pour l’industrie de l’immobilier commercial.

Tout au moins, les employés peuvent s’attendre au renforcement de la distanciation sociale, à davantage de salariés travaillant sur une base semi-télétravail et à de nouveaux designs dans leurs bureaux. Les gestionnaires et les concepteurs immobiliers anticipent déjà l’aménagement des futurs espaces de bureaux : limitation des open spaces, dispositifs pour ne plus toucher aux poignées de portes ou aux boutons d’ascenseurs.

Recréer le vrai bureau à la maison, pas facile…

La pandémie a créé une transition massive vers le télétravail, qui, pourtant, est loin d’être formidable.

Le stress est inévitable, les réunions virtuelles s’enchaînent les uns aux autres, les douleurs de dos s’installent parce que vous travaillez depuis votre canapé et que vous ne bougez pas assez, vous commencez à prendre du poids parce que le réfrigérateur est trop près et surtout, la limite entre vie professionnelle et vie personnelle s’estompe (quand la journée de travail commence-t-elle ? quand se finit-elle ?), l’isolement s’installe, de même que la difficulté à manager, vous ne vous déconnectez surtout pas assez, convaincus que vous devez être joignables en permanence…

Bref, les salariés sont plus stressés que jamais.

42% des salariés américains
qui n’avaient jamais effectué de télétravail auparavant
le font maintenant.

Le travail sans limite, dévastateur…

Arianna Huffington est convaincue que la première étape pour être un bon manager et un bon salarié est de cesser de croire qu’il faut être joignable 24h/7j. « La première chose qui disparaît, quand nous sommes épuisés, c’est notre créativité et notre capacité à innover en temps de crise. Tout peut paraître urgent, mais tout n’a pas la même intensité d’urgence ».

Dans cette situation, le stress a tendance à devenir chronique plutôt que ponctuel et tout ce qui peut permettre de diminuer le niveau de stress doit devenir un objectif. Il est essentiel de créer une nouvelle norme du télétravail, sans espérer recréer le vrai bureau à la maison.

Ce serait d’ailleurs une erreur, et c’est pourquoi nous avons tant de mal en ce moment : nous sommes en transition, nous nous bousculons pour savoir comment faire parfois entre manque d’outils essentiels, culture mal alignée et mauvais type de gestion. Le débat pour dessiner l’avenir du télétravail et donc lancé, et il doit être mené.