#ZoomFatigue : La socialisation virtuelle, ça m’épuise…

J’ai adoré Zoom. J’ai adoré WhatsApp, FaceTime, Meets, Skype, Hangouts. Mais ça, c’était avant, et il est tant que ça se termine parce que la socialisation virtuelle, c’est épuisant.

Il y a quelques mois à peine, avant que la planète ne se retrouve en situation de blocage, nos vies sociales étaient très différentes, rythmées de réunions avec des clients ou des collègues, de pauses cafés, de brunchs entre amis le week-end, de séances de sport, de soirées cinéma…

Confinés chez nous, nous avons échangé ces moments de socialisation contre des réunions Zoom, des pauses WhatsApp, des brunchs Skype, des soirées Meets et autres appels FaceTime. Avec la déception de ne plus voir nos familles et amis, nous avons tous plongé dans la socialisation virtuelle comme dans une piscine de bonbons, à la faveur des outils mis à notre disposition par notre époque « technologiquement avancée » (merci les GAFAM).

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Depuis le début de la crise, je pense ainsi avoir bavardé par vidéo plus que jamais auparavant, j’y ai pris beaucoup de plaisir. C’était agréable de savoir qu’on traversait ça tous ensemble. C’était agréable de ne pas rompre le fil avec ceux que j’aime, et de prendre prétexte de ce moment hors du temps pour renouer avec des amis perdus de vue.

C’est d’autant plus inattendu pour moi, quelques semaines plus tard, de m’avouer que l’enthousiasme a non seulement disparu, mais que c’est même devenu franchement épuisant.

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Quand tout finit par ressembler à une réunion…

A certains égards, je trouve la socialisation virtuelle encore plus épuisante que la socialisation traditionnelle (j’entends en face-à-face), probablement parce que le champ des possibilités est beaucoup plus vaste.

Avec Zoom, Hangouts, WhatsApp, Skype, Meets… vous n’êtes plus limité au cercle local avec lequel vous interagissez habituellement. Quiconque, où qu’il soit, est subitement à portée de clic. Et alors que nos domiciles étaient plus ou moins sanctuarisés, nos salons sont devenus tout à la fois un bureau / une salle de sport / un café / une salle de classe / un cinéma… dont la routine est désormais régulièrement interrompue par des appels vidéo.

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Curieusement, ces mêmes appels vidéos étaient, il y a encore quelques mois, cantonnés à la sphère personnelle et associés à quelque chose de ludique. La spontanéité en était alors une dimension essentielle : c’était fun, c’était libre, c’était intime, c’était drôle… ce n’était pas obligatoire, ce n’était pas sérieux, ce n’était pas claustrophobe.

Ce qui complique les choses, c’est que désormais la majorité de nos interactions sociales se fait désormais via Internet. L’utilisation de la visio pour tous nos échanges a été progressivement vidée de son sens, a créé une nouvelle forme de pression et a maintenant effacé toute délimitation entre public et privé, professionnel et intime.

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De quoi me faire regretter les bons vieux appels téléphoniques, qui me permettaient de faire des cercles sans fin entre ma cuisine, ma terrasse et mon bureau, tout en faisant sécher mon vernis à ongles sans peur d’être observée, pendant que mon interlocuteur bavardait à l’autre bout de la ligne.

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#ZoomFatigue

Alors que je pouvais auparavant passer deux heures en réunion sans fatiguer, 30 minutes de visio aujourd’hui m’épuisent. J’ai réalisé que la socialisation virtuelle m’est devenue stressante plutôt qu’amusante, qu’elle aspire mon énergie plutôt qu’elle ne la booste. Suis-je la seule à ressentir cela ?

Les médias francophones sont relativement peu nombreux à en parler, mais les journaux américains donnent la parole à des psychologues pour décrypter le phénomène de #zoomfatigue.

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Késako ? Il est tout à fait compréhensible de se sentir stressé, anxieux, inquiet, par la socialisation digitale, car il n’y a aujourd’hui plus de changement d’ambiance et de cadre entre le travail et la maison. Ce qui signifie que, si vous avez été en ligne en visioconférence toute la journée pour le travail, la dernière chose dont vous avez besoin est de rejoindre un autre appel de groupe en vidéo quand vous avez fini de travailler, et d’enchaîner certains soirs deux appels, puis trois (et si on rajoutait un wébinaire ?), qui peuvent prendre une heure, voire deux, jusqu’au moment d’aller se coucher.

Question :
Comment mettre fin à un appel vidéo quand la personne à l’autre bout du fil sait que vous n’avez nulle part où aller après ?

Réponse :
Prétextez un autre appel vidéo.

#dilemme #quarantaine-etiquette #mercimahja
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La charge mentale de notre propre reflet

Un second problème est que les interactions vidéo sont fondamentalement différentes de celles en face-à-face. C’est ce que résume Charlotte Armitage, psychologue des médias dans l’une de ses dernières interviews : « Lorsque notre comportement est reflété, que ce soit dans le regard d’une autre personne ou en nous voyant sur un écran, cela attire notre attention sur certains traits ou manières dont nous n’aurions peut-être pas été conscients auparavant. Se regarder sur Zoom, lorsque vous n’y êtes pas habitués, est similaire à regarder une nouvelle personne. Cela peut être déroutant (…) C’est un concept assez inhabituel de voir comment vous apparaissez aux autres au cours d’une conversion quotidienne normale. »

Le fait de se voir soi-même imposerait donc un niveau supplémentaire de concentration et de conscience de soi-même, et de sa présentation.

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Armitage note également que les appels vidéos (surtout avec de nombreuses personnes) vont contre l’ordre naturel des choses :

  • Un seul à la fois : normalement, dans la vie réelle (enfin, offline, vous me comprenez), quand nous faisons partie d’un groupe, les gens au bout d’un certain temps sont amenés à créer de petits sous-groupes au sein desquels ils interagissent, de switcher sur une conversation avec une seule personne, ou de s’éloigner pour prendre l’air. Dans les appels vidéo, une seule personne peut parler à la fois, et tout le monde regarde cette personne. D’où la pression de bien choisir ses mots.
  • All eyes on me : dans un lieu de travail normal, les gens s’engagent rarement dans de longs échanges de regard mutuel et de discussions les yeux dans les yeux. Avec les outils de vidéoconférence, une grille de personnes vous regarde directement depuis l’écran pendant toute la réunion. Ce regard constant nourrit l’inconfort car le cerveau est particulièrement attentif aux visages et aux regards : il interpréterait cette proximité comme le déclencheur d’un réflexe, si ce n’est de combat ou de fuite, en tout cas d’alerte.
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  • Sound of silence : notre durée d’attention est plus faible lorsque nous utilisons la technologie. Les décalages dans la transmission de l’image et/ou de la voix peuvent être particulièrement frustrants et épuisants, et – surtout – ça parle constamment ! Tandis que les conversations naturelles impliquent également des silences, les visios, surtout à caractère professionnel, imposent un rythme sans pause, qui peut nécessiter beaucoup d’énergie et de concentration.
  • Signaux non-verbaux: dans le monde d’avant, nous avions l’habitude de voir les gens en personne et d’observer leurs signaux non-verbaux. Avec les appels vidéo, difficile d’évaluer le climat, de lire la salle et les interlocuteurs dans leur langage corporel ou leurs expressions faciales, pour savoir si c’est le moment d’intervenir ou de partager une perspective différente. Cette difficulté à capter les indices non verbaux est parfois créatrice de cacophonie ou de frustrations : si vous souhaitez parler, vous devez attendre votre tour et même alors quelqu’un pourrait intervenir avant vous, sans comprendre que vous aviez quelque chose à dire, en l’absence de signaux visibles. Dans la sphère privée, c’est parfois tout aussi compliqué : il est très différent de voir quelqu’un de triste sur un écran et de ressentir sa tristesse lorsque l’on est assis à côté de lui.
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Quand il est temps de dire non – sans se sentir coupable

Mais le gros souci est qu’alors que nous pouvions auparavant refuser certains engagements sociaux, nous n’avons désormais aucune excuse. Que prétexter ? Je suis occupée ? Je dois sortir ? Peu probable.

Naît alors un sentiment de culpabilité : la perspective de dire non à l’invitation d’un ami, de raccourcir les interactions, paraît intimidante et égoïste alors que certaines personnes, plus anxieuses que d’habitude, cherchent à combattre l’isolement et qu’il y a pression à leur parler pour qu’ils ne se sentent pas seuls.

Bien sûr, il est essentiel d’être là pour soutenir famille et amis, d’être toujours aussi disponible pour vos collègues, mais je suis convaincue que ça ne doit pas se faire au détriment de son propre bien-être mental. Dire non doit donc être un subtil jeu d’équilibre pour ne laisser personne en difficulté, mais aussi pour se préserver. Le respect des limites de chacun est d’ailleurs une part essentielle d’une socialisation saine. Même au milieu d’une pandémie, on devrait avoir droit à son propre espace, y compris mental.

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Limiter le temps et les conditions de la socialisation virtuelle est donc essentiel :

  • Définir le temps qu’on est prêt à y consacrer
  • Ne pas planifier 2 réunions consécutives
  • Ne pas réaliser ses appels vidéo professionnels au même endroit que ses appels personnels, pour bien formaliser le changement de mode
  • Choisir parfois d’éteindre la caméra pour se sentir un peu moins comme dans un entretien de recrutement
  • …ou d’abandonner les écrans pour ne s’en remettre qu’à la voix
  • Se remettre à écrire des emails
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Mahja Nait Barka
Diplômée de SKEMA Business School (ESC Lille) en Management et Marketing International, Mahja NAIT BARKA bénéficie de douze années d'expérience dans le marketing stratégique, le e-commerce, le webmarketing et les RP, au Maroc et en France. Multilingue, multiculturelle, multi-spécialiste, Mahja capitalise une expertise transversale, acquise en agence, au sein ou à la tête de Directions Marketing, dans le cadre de missions de consulting ou de ses activités de créatrice d’entreprise et est Présidente de la Commission 'Communication & Digital' au sein de l'AMMC (Association Marocaine du Marketing et de la Communication).
Publications: 102

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